“Chez mes parents” ou la dualité de l’étudiante et du nid familial

« T’es pas chez toi ici ! » m’a balancé ma mère, exaspérée qu’une fois de plus, je laisse trainer mon ordi sur la table basse du salon (mais ça aurait très bien pu être à cause du bol laissé dans l’évier ou de mes vernis dans la cuisine). J’ai tendance à m’éparpiller, oui, mais là n’est pas le sujet de cet article. Ma mère s’est rapidement reprise : « …Enfin tu n’es pas dans ton studio, respecte les espaces communs – » (s’en suivi une tirade sur le respect des règles familiales que je ne vous infligerai pas ici).  Cette petite réflexion m’a fait prendre conscience que j’avais vraiment passé un cap : cela fait plus de deux ans que je ne vis plus chez mes parents « à temps plein » et finalement, même si j’y ai toujours ma chambre, ma place à table, et que ça restera toujours ma maison… bah je ne vis plus chez mes parents.

Alors lorsqu’il fut question que je reste trois mois (ENTIERS) cet été à la maison, pour des raisons pratiques (job d’été et stage) j’ai d’abord grimacé. Moi qui ait pris l’habitude de vivre selon ma propre horloge et mes propres envies, est-ce que j’allais réussir à supporter à nouveau la vie en communauté (pire, la vie en famille) ? Et ce, malgré mes 18 ans de pratique ? Ce fut loin d’être évident : j’ai appris à vivre sans eux, et eux ont aussi appris à vivre sans moi. Et à partir de là, les (nouvelles) habitudes, les (nouvelles?) convictions sont parfois entrées en conflit.

« Maman, t’es à ma place. »
« Oui eh bah je me met tout le temps là quand t’es pas là, j’ai pas le dos au paysage comme ça. »
« Ouais mais je m’assois toujours là. »
« D’accord, d’accord! »

Et ne parlons pas des routines familiales, si bien supportées durant toute ma vie à la maison, qui deviennent presque intolérables.

« Papa, tu peux mettre la télé moins fort steuplait on s’entend pas. »
« Mais j’entends rien, vous parlez trop fort ! »
« Oui… PARCE QU’ON S’ENTEND PAS! »
etc. etc. etc.

Ne plus vivre à la maison, c’est aussi prendre énormément de recul sur la manière de fonctionner de sa famille, les choses qu’on est content de retrouver quand on y revient, et… le reste. Les repas, par exemple. Pas (que) parce que je mange de la « vraie » nourriture qui nécessite plus de 10 minutes de préparation, mais parce partager un repas avec sa famille, c’est autre chose que de le partager avec un mur ou un écran. A la maison, ils finissent majoritairement en grosse marrade, parfois en dispute, souvent sur une note nostalgique (« …et tu te souviens quand t’as mis ta petite sœur dans un mini caddie et que tu as couru dans l’hypermarché et qu’il s’est renversé dans le rayon surgelé ?! »). Ca ne m’empêche pas de revêtir ma panoplie de féministe en carton dès que mon père va s’installer dans le canapé avec un café pendant que ma mère fini de débarrasser la table ; de traiter mon père de macho arriéré (…avec des termes mieux choisis…quoique) et ma mère de bonne femme des années 1950. Et puis il y a ma petite sœur, qui a pu découvrir la vie d’enfant unique (avec ses avantages et ses inconvénient, je présume), contente me voir rentrer le vendredi soir et encore plus de me revoir partir le dimanche!

Tout ça pour dire que cet « entre deux » est assez étrange, et le fait que mon studio d’étudiante ne soit qu’à 50 min en voitures du cocon familial n’aide probablement pas à mettre une distance nette… Je suis encore loin d’être indépendante et d’avoir mon vrai chez-moi (qui ne soit pas financé par papa-maman), et pourtant, je ne vis plus avec mes parents. Plus une ado, pas encore une adulte.
J’essaie cependant de tirer profit des deux situations et ça fonctionne plutôt pas mal, en fait.

Dans mon studio

• Je vais où je veux, quand je veux… vive le tram!
• Je décore mon studio comme je l’aime (sponsorisé par Ikéa)
• Personne me réveille, chouette
• Je peux manger devant mes séries préférées
• Je sais quoi faire de mon week-end : ciné, shopping, soirée copines
• Je suis à 5 min à pieds de … tout.
• Aucun compte à rendre à personne!

A LA MAISON

• Prendre la voiture et chanter à tue tête (même si c’est Maitre Gimms ou Selena Gomez), c’est ça la vie!
Manger de bonnes choses cuisinée avec amour (et patience).
• Il a TOUJOURS des trucs à grignotter.
• L’odeur de la lessive de ma maman.
• La vue. L’air. La cheminée!
• Le silence la nuit.
• Mes chats. Oh, et ma petite soeur. 😉

J’ai l’impression que nous sommes nombreux dans cette situation d’entre-deux, à en croire les nombreuses conversions que j’ai eu avec mes copines… « Tu fais quoi ce week-end? » « Je suis chez moi. » « Chez toi? Ou chez toi-toi? » « Chez moi-moi! »

Bon dimanche à tous, et bon courage aux étudiants en période de partiels,
le retour chez papa-maman pour les fêtes est proche, profitez-en ! 😉

Et n’oublies pas : MOTHERS KNOW BETTER (#whataboutthefathers)
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Léa

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20 comments

  1. Merci pour ton commentaire Caely, contente de voir qu'on est plusieurs dans ce cas-là! Oui, vivement l'indépendance (si ça existe vraiment… ça serait un bon sujet de philo tiens :P) Bisous!

  2. J'ai beau habiter un peu (beaucoup) plus loin de chez mes parents, ça me fait toujours le même effet… Contente de rentrer mais contente de repartir ! Comme beaucoup je pense, je me retrouve à merveille dans ton article.
    Et je retrouve dans ton article des passages de notre conversation d'hier soir ma Lex (preuve : "Je suis à 5 min à pieds de … tout.") 😉
    Bien joué girl !

  3. Merci pour ton commentaire ma p'tite Kox ! ♥ Hé ouais La Ville c'est quand même autre chose que mon p'tit village de vignoble ou que LA POITOU-CHARENTES n'est-ce pas! ;D (fuck le Limousin! voilà ça c'est fait) Bisous!

  4. Ah ah même situation pour moi ! J'aime être dans mon appart, ça fait du bien parfois, c'est mon chez moi. Mais mon vrai chez moi, pour le moment c'est quand même chez mes parents. Parfois ça me prend la tête parce que comme tu dis on a appris à vivre les uns sans les autres, on a pris des habitudes etc, mais j'adore y être quand même ! Je me vois pas ne plus rentrer chez eux et prendre mon "indépendance"

  5. Oui c'est exactement ça! Moi non plus je n'imagine pas ne plus rentrer… parfois à cause de la charge de travail que j'ai je ne rentre pas pendant 1 mois et ça me parait déjà énorme! Mais bon, je m'y fais petit à petit, c'est normal! Merci pour ton commentaire en tout cas 🙂

  6. Que cet article sonne doux à mes oreilles… 3 ans que je suis partie de la maison, et c'est tout à fait ça ! Plus ça va, plus "chez mes parents" devient "chez mes parents". Y rentrer pour les vacances de Noël (moins de 10 jours) ou un week-end par mois passe encore, mais les 2 mois d'été cette année ont été difficiles. J'en viens à préférer quand ils bossent et ne sont là que le soir pour conserver un peu d'indépendance (et pouvoir, notamment, gérer mes repas, seule, parce que la cuisine de maman pleine d'amour, certes, mais de crème fraîche et de beurre aussi, ça me botte moins maintenant :p).
    Enfin, tout ça pour dire que c'est agréable de voir que l'on est un peu tou(te)s dans le même bateau : ce doit être une étape inévitable quand on grandit (à moins que maintenant, il faille dire "vieillit"… (a) )

  7. Je me suis tellement reconnue dans cet article. J'ai quitte la maison il y a trois ans maintenant, et j'y reviens,parce que j'ai fini mes etudes et qu'il est tant de sauter le pas dans la cour des grands, mais ca ne se fait pas comme ca si vite, alors entre temps la maison. Dont je n'ai pas l'habitude, qui n'a plus l'habitude de moi. J'y passais comme toi en coup de vent, quelques jours, une semaine au grand maximum et repartait dans mon studio, mon petit espace perso avec mes regles, mes envies. on verra bien,j'ai un peu peur quand meme. des bisous !

  8. Contente de voir que mon article trouve écho 🙂 Heureusement que j'ai été très occupée cet été entre mon p'tit job et mon stage, parce que si j'avais du rester à la maison "à temps plein", je pense que ça aurait vraiment été difficile! Et j'ai la même maman qui cuisine toutes les sauces à la crème… c'est bon mais outch. xD Merci d'être passée par là en tout cas! Bises ♥

  9. Haha comme je te comprend! J'ai de très bonnes relations avec mes parents mais c'est clair que malgré l'espace (évidemment) plus grand, j'ai toujours l'impression qu'on se marche dessus, à la maison. xD Merci pour ton commentaire en tout cas! 🙂

  10. Comme tu dis, c'est un stade! Je suis reconnaissante de pouvoir le faire de façon si "douce" finalement… déjà un peu indépendante, tout en sachant que j'ai un filet de sécurité (l'autre jour j'étais bien content d'avoir mon papa au téléphone pour déboucher mon évier hahaha). Merci pour ton commentaire! ♥

  11. Haha très bon article ! Cela fait un moment que je suis partie de chez mes parents, avec mes différents déménagements j'ai du apprendre à vivre à l'autre bout de la France sans les voir parfois pendant 3 mois .. Et au final c'est maintenant que j'apprécie le plus de rentrer chez mes parents ! 🙂 Je rentre beaucoup plus souvent chez mes parents qu'au début de mes études où c'était "tout nouveau tout beau"; maintenant j'apprécie tellemennnnnnnnnnnt de rentrer pour l'espace, la compagnie, la voiture, la lessive faite tous les 3 jours … 😀 Je suis rentrée 2 mois et demi cet été également pour des raisons pratiques de boulot, et je me suis surprise à vite reprendre mes habitudes d'ado. Je pense que ça dépend des gens, et surtout de la relation qu'ils ont avec leurs parents 🙂

  12. C'est vrai que quand j'y retourne, je sais que c'est que pour une courte durée donc j'arrive à apprécier ces moments, et je comprend que tu vives ça différemment… En tout cas je te souhaite de trouver rapidement ce qui te permettra de trouver un nouveau "chez toi"! Bon courage et merci pour ton commentaire ! 🙂

  13. Aaah les habitudes d'ado je connais et c'est bien ça qui insupporte le plus mes parents. xD Autant je peux être très indépendante, prendre des initiatives, me prendre en main (etc.) quand je suis seule la semaine, autant quand je suis à la maison, j'ai de nouveau 15 ans (…c'est tellement loin et pourtant, ça ne fait que 5 ans tiens!). Merci pour ton commentaire ! 🙂

  14. Ton article est tellement vrai!
    J'ai du déménager pendant deux ans à Lyon pour mon BTS (2h de cher moi … mes parents). Et comme toi j'avais peur du retour à la vie en communauté pour les grandes vacances ou les périodes de stage. Ce fut pas facile de voir que ce n'était pas moi qui décider quoi regarder, quoi manger, et surtout à quel moment faire tout ça! Rendre des comptes quand on rentre trop tard, ne pas oublier de prévenir que finalement on veut manger avec les copines se soir, et prévenir quand on s'en va.

    Mais le plus dur pour moi ça a était de ne pas repartir en septembre. Comme je n'ai pas trouver de maitre d'apprentissage je suis toujours en transite cher les parents, à chercher du boulot, faire les taches ménagère pour soulager maman. Mais mon envie d'indépendance elle prend de plus en plus de place, et je me dis que finalement j'aimais bien mon studio, même si c'était dur de se retrouver seul après un weekend bien chargé ….

  15. Merci beaucoup pour ton commentaire, c'est "drôle" de voir qu'on est tellement à être dans cette situation…! En tout cas je te souhaite bon courage pour la vie familiale, et surtout beaucoup de réussite pour la suite, j'espère que tu trouveras rapidement le boulot ou le maître d'apprentissage de tes rêves… 😉 Plein de bisous! ♥

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